Les tournesols

Par Burgundy Flow

Je crois qu’on n’apprend rien sur la Bourgogne dans cet article. On lit juste des lettres semées sur une page, un peu comme des graines de pensées. Ici, je parle de tournesols. Oui, ces disques jaunes qu’on voit dans les champs l’été. Oui, ça ne parle “que” de tournesols. Ou pas vraiment… tout dépend de la manière dont on voit les choses, tout n’est toujours qu’une question de point de vue… et de ressenti.

“Je mange toujours de la nature. J’exagère, je change parfois au motif ; mais enfin je n’invente pas le tout du tableau, je le trouve au contraire tout fait, mais à démêler dans la nature.” Vincent Van Gogh.

L'émotion d'une perception

Ressentir plus que les autres, jamais moins, toujours plus, s’extasier d’une brindille qui se dévergonde face à l’action du vent, voir dans les nuages des pièces de théâtre en plusieurs actes, s’émerveiller devant une coccinelle, pleurer d’écouter la mélodie d’un instrument à vent et… s’arrêter devant un champ de tournesol.

Un champ vivant de tournesols. Ces astres floraux, comme j’aime à les appeler, me fascinent. Pour Van Gogh, “cette fleur jaune tournée vers le soleil symbolisait le respect, l’admiration et l’amitié rappelant les différentes périodes de la vie”.

Les botanistes nous décrivent sa plastique ingénieuse en précisant que, dès sa naissance, les racines du tournesol lui permettent de s’orienter en fonction de la course du soleil, de le suivre d’est en ouest pour assurer la meilleure photosynthèse possible et grandir rapidement.

Loin de l’art et de la botanique, pour moi les tournesols sont tout simplement beaux, éloquents, imposants, intimidants et ils me racontent des histoires.

Tourner les talons

Alors l’autre jour, j’ai garé ma voiture en bordure de route et claqué la porte du monde des vivants. J’avais besoin d’une parenthèse enchantée, loin du vignoble, de la routine et des tourments.

J’ai traversé la route goudronnée, celle qui sépare, le temps de leur éternité, le champ de tournesols et celui de maïs. Puis j’ai enjambé le fossé avec l’insouciance d’un enfant, rejoint l’autre côté hâtivement.

Mes pieds ne se sont pas embourbés dans la terre bien trop sèche, quelques chardons ont bien essayé de ralentir la cadence de mes pas décidés, mais sans succès. Rien n’arrête l’imaginaire. 

J’ai mis en pause mon existence et je suis entrée dans ce labyrinthe de tournesols comme on entre dans un songe. Ça bourdonnait de partout et en une seconde, j’avais changé de station, bienvenue à radio bourdon !

Après avoir diffusé le message de mon intrusion à toutes les ondes locales, les butineuses ont continué leur travail de pollinisation. Et ça fait “bzii bzii”, ça s’envole, ça revient, ça repart, ça rase mes oreilles, ça essaie de m’intimider ou de me faire ricaner.

Quand je pense que le réchauffement climatique entraine la disparition (entre autres…) des bourdons, insecte clé dans la pollinisation de plusieurs plantes, j’ai le coeur qui se fend. Mais pas de place pour la réalité, un autre monde m’attend…

D'avenir en devenir

Je deviens bourdon, me délecte de sucré, j’ai le nez recouvert de pollens et suis à deux doigts d’éternuer. Je fais du bruit pour qui veut l’entendre, je me pose sans atterrir sur un pétale tout tendre. Je savoure le silence et les rayons du soleil, je regarde de ma petite hauteur, loin très loin dans le ciel. Et dans un bourdonnement je prends une leçon d’évidence…

Dans mon champ de vision, les tournesols représentent les âges. Fresque de vie, générations. Jeunes pousses, vieilles branches, blessés, ignorants, imprudents. Vivants.

Des bébés tournesols à la recherche du soleil caché par les grandes tiges. Des amoureux qui se jouent de l’astre se contant fleurette… Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie sans pas du tout. 

Mais aussi… des tout seul, des sans racine, des trop grands, des trop petits, des tombants, des qu’on devine, des sur le chemin, des hors sentiers, des tout parfait, des cabossés. 

Des qui s’affaissent d’avoir trop donné, des qui confessent d’être malmenés. Des dégarnis, des résignés, des tout fier, des effacés. Et, des vieux jaunes, des sans éclat, déjà au sol, déjà trépas. Des tournesols.

Et moi, au milieu

J’ai des cailloux dans les chaussures et de la terre au coin des yeux

Des racines qui “(s’)entre-nous” cherchent encore où bien pousser.

Le temps défile, les pétales touchent le sol

Et dans cet infime instant, je suis un tournesol.

3 commentaires

3 commentaires

Laure 05/09/2020 - 21 h 46 min

Quelle poésie ! Autant dans le texte que dans les photos 😉 Merci pour cette douce et apaisante lecture !

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Améli-mélo 05/09/2020 - 21 h 12 min

😶❤️ Bouche bée.
Merveilleux, poétique, empli de justesse et de ce qu’il faut de tendresse…
Je ne les avais jamais pensé sous cet angle, trop peu pris le temps de les regarder autrement que dans leur ensemble. Merci pour ça. Pour changer ma vision sur eux, et encore une fois pas que…

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Laura 05/09/2020 - 20 h 29 min

Que dire ? Tellement poétique et même touchant. Les photos tellement belles et qui illustrent parfaitement ton texte. On s’évade le temps d’une lecture et je trouve ça rare, mais tu le fais très bien 😘

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